J’ai regardé avec intérêt sur Arte, dans la soirée du 11 août dernier, l’émission Les Faussaires de la Bible. On y voyait le goût de beaucoup pour chercher une inscription historique à tout ce que raconte le Livre sacré. Ce désir a suscité l’apparition d’une quantité de fragments de manuscrits supposés authentiques, mais qui se révèlent en réalité comme des faux modernes.
Le but de leurs auteurs peut être simplement la cupidité, car ces documents se vendent très cher aux intéressés. Mais aussi ce peut être la réponse à une demande idéologique. Si par exemple un document retrouvé atteste la présence indubitable d’Israël à une époque très reculée dans le territoire qu’il occupe aujourd’hui, le peuple hébreu est conforté dans sa prétention à occuper un territoire qui lui appartient, en vertu de la loi du premier occupant, même s’il est actuellement occupé par les palestiniens. De ce fait l’émission indiquait qu’aujourd’hui certains archéologues en Israël s’occupent plus de rechercher des preuves de l’existence ancienne du peuple juif dans son territoire actuel, que de la seule vérité scientifique dans l’interprétation de ce qu’ils trouvent.
L’historicité des textes à laquelle on se rattache pour des raisons idéologiques n’est que supposée, ces textes étant avant tout des fictions humaines, d’ailleurs se citant constamment et recopiant les unes les autres, en vertu du phénomène d’intertextualité : tel le midrash juif, ou le palimpseste grec. Qui oserait dire par exemple que le récit de la Passion du Christ dans les évangiles chrétiens est historique, alors qu’il n’est qu’un recopiage de textes de la Bible juive, des Psaumes principalement, que les rédacteurs avaient sous les yeux en écrivant ? Témoins de conviction si l’on veut, ils n’étaient pas des témoins historiques.
Mais la pire instrumentalisation de l’Histoire est quand on y fait intervenir Dieu lui-même. Ainsi l’injonction divine à Abraham, d’aller vers la terre qu’il lui promet (Genèse 12/1), quand on en oublie l’origine purement textuelle, n’est pas faite pour apaiser le conflit israélo-palestinien. La poser comme un événement ancré dans l’Histoire, à lire littéralement au lieu de l’interpréter symboliquement, complique une situation géopolitique qu’il vaudrait mieux essayer de résoudre humainement par le dialogue. Il est rare que Dieu dans l’Histoire apaise les dissensions.
Si grand que puisse être le respect que nous lui accordons, je crois qu'il ne doit pas être aveugle, au risque de présenter un réel danger. Ainsi en est-il, dans la Bible, de l'appel adressé p...
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Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).